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Frustration

mercredi 17 septembre 2014



A l'heure de la sieste. Frustration. Je marche encore et encore en quête d'un infinitésimal détail, une miette d'absolu engoncée dans son hideuse beauté. Quelque chose qui ferait sens dans ce dédale de rues mille fois parcourues à la merci de mon attention flottante. Des façades d'immeubles désaccordées aux poubelles vertes éventrées, un sentiment de déjà-vu me tenaille l'estomac. Il se fait parfois nauséeux et violent... Sauf quand il est sournoisement dissimulé dans le doux acidulé d'un smoothie framboise.

Le lendemain, bis repetita. Chacun reprend son rôle dans cette rutilante mécanique accordée au millimètre près. Et moi, je dois apprendre à déceler ce grain de poussière en métamorphose qui feint de chambouler mes ordinaires apathiques. Je suis tous les jours en suspens. Et au fond j'ai juste peur d'attraper les mots des autres.

Partir

samedi 6 septembre 2014


Booker un billet au hasard, poster sa lettre de démission en chemin, prendre un avion vers une destination dont le nom n'évoque aucun souvenir.
Et là, suspendu(e) dans le ciel, partout et nul part à la fois, prendre enfin le temps de réaliser la portée de ce coup de folie. Regarder à travers le hublot et sourire en pensant à l'agitation qui continue au sol. 
Sentir monter enfin ce bourdonnement d'angoisse qui tardait à se manifester, bousculant mille questions les unes contre les autres. Elles s'entrechoquent jusqu'à ne plus former qu'un amas informe et inextricable. 

Partir. N'est ce pas simplement remettre ses questionnements à plus tard ? Une sorte de fuite en avant parce que son monde est devenu trop petit ? Revenir après six mois, un an... pour réaliser qu'on est toujours au même point de départ.

Ou au contraire se retrouver face à soi-même, se déchiffrer à travers un Autre. Apprivoiser de nouveaux visages, une nouvelle langue, un nouvel enchevêtrement de rues, de nouvelles saveurs. 
Se perdre des dizaines de fois, demander son chemin, et petit à petit ne plus se sentir en transit. Prendre des habitudes, dénicher son cinéma de quartier préféré, connaître les raccourcis, traverser la ville pour dévorer un fondant au chocolat inimitable dans son coin de café secret. Faire sa place et trouver sa vie. Y rester. 
Ou encore la laisser là et recommencer.
© Fadwa Azhari. Valise capturée à l'insu de D.N.

Sans titre

mardi 20 mai 2014

Je me demande pourquoi il n’existe pas de photocopieuse à souvenirs.
Trop de rendez-vous manqués, d’humains croisés et d’instants négligés jusqu'à l'oubli.

Je suis fascinée par cette magie que recèlent les instants les plus ordinaires. J'en ai récolté quelques uns qui m'ont échappée pour d'insignifiantes raisons et de grotesques excuses... Je n'ai pas su les immortaliser et les fixer sur le papier à temps, et aujourd'hui encore je ne sais pas si on peut réparer des souvenirs qui ont perdu de leur éclat.


Comme ce vendredi là, rue Taha Houcine, lorsque j’ai enfin réellement vu cette petite boutique surannée devant laquelle j’étais passée des centaines de fois auparavant. Coincée entre un vendeur de fournitures et un chocolatier, elle se fondait si bien dans le décor qu'elle avait cette force étrange de passer parfois inaperçue. 
A travers la vitrine, je discernais les étagères chargées de tissus monochromes parfaitement empilés, ainsi qu'un mobilier austère se déclinant dans des camaïeux de marron et de kaki. 
Le vieux tailleur qui s’affairait habituellement à l’intérieur n’était pas là, mais sur la grande table en bois étaient délicatement posées ses lunettes en écaille de tortue. Etrangement ce fut la première fois que je le percevais de manière si authentique. Des lunettes en écaille de tortue sur une table en bois, et me voilà émue jusqu’aux larmes. J'en ignore encore la raison.

Ou encore ce jour où je marchais sur l’avenue Mers Sultan, il y a bien de cela deux ans. Je venais de dépasser le cinéma Lynx lorsque je l’aperçus. Je n’ai jamais vu son visage, seulement sa chevelure rousse et sa peau laiteuse. Une allure d’adolescente et des cheveux au carré. J'ai omis pratiquement tous les détails, mais il me semble qu’elle portait un tee-shirt blanc. Je ne comprenais pas pourquoi personne autour de moi ne la voyait. Elle a fini par disparaître au coin d'une rue, comme un songe en dissolution. En cherchant à disséquer le mécanisme de cette apparition, je me demande si ce n’est pas la dissonance entre le côté flamboyant de cette fille et la fragilité de sa peau qui a attiré mon attention, ou peut-être sa démarche. Je ne sais plus. Je m’en veux d’avoir laissé son image dépérir avec le temps.

Mon rendez-vous manqué le plus récent s’est produit il y a un peu plus d'une semaine, alors que j’observais tranquillement la faune du dimanche par la fenêtre de mon taxi. Au feu devant Bank Al Maghrib, je tourne pensivement la tête vers la droite, remarquant enfin cet homme en noir à genoux devant un vieil appareil à photo argentique monté sur trépied. Curieuse, je l’observe en souriant pendant cinq minuscules secondes, cherchant à deviner la scène qu’il cherche à capturer. Le feu tourne au vert, nos regards se croisent un instant, et j’ai presque l’impression de lui avoir dérobé quelque chose. Je rougis à l’idée d’avoir interrompu son moment, avant de réaliser que j’étais déjà loin. 

Je me demande s'il m'a "vue" de son côté du miroir aussi, inconnue lui échappant dans un taxi.

Image de source inconnue

Nostalgie

mardi 11 mars 2014



De passage chez Moul Zeri3a un jeudi à 13h45, je tombe sur des gamins de 7 ou 8 ans essayant d'obtenir en fin négociateurs le maximum de bonbons contre quelques dirhams. Le marchand, sur les nerfs, les voyait plutôt comme des parasites bruyants venant troubler sa quiétude post-déjeunatoire... mais les yeux gourmands de ces enfants m'ont renvoyée 18 ans en arrière.
Se souvenir, toujours... de ces instants où le bonheur avait simplement le goût du sucre et de la réglisse !

Bon, il semblerait que les bonbons à la mode aujourd'hui ne soient plus vraiment ceux qu'on a connus petits, mais certains sont encore bel et bien là. Et vous quels étaient vos bonbons préférés ?

Une histoire de légèreté...

samedi 23 novembre 2013


Je sors de ces jours qui nous dévorent. Quand les semaines se suivent, quand les weekends n'en sont plus vraiment et quand on est tellement épuisé que l'on ne parvient plus à dormir. Aucun travail ne mérite que l'on se fasse des cheveux blancs, pas même lorsqu'on est chasseur de tigres en pleine brousse. Je vous rassure je ne bosse ni de près ni de loin avec des félins, j'étais juste en période de charrette (hum hum amis de la com' vous comprendrez).

Alors on fait quoi quand on a trois jours de repos bien mérité devant soi ? C'est simple. Aujourd'hui, jour 1, j'ai décidé de ne rien faire. Absolument rien. Je dirais même que j'ai envie de m'ennuyer méchamment. Je regardais tout à l'heure mes "vieilles" photos de profil facebookiennes lorsqu'un détail sur celle-ci retint mon attention. Quelque chose de gracieux dans la position de mes bras, quelques kilos en plus, et cette évidente légèreté de l'être. Oui je crois que c'est cette légèreté qui ma interpellée, la même que je ressens à cet instant mais dans des circonstances bien différentes. Une sorte de liberté retrouvée.

Parfois, il suffit d'une photo pour se remémorer d'où l'ont vient. Voir à quel point on a grandi. A quel point les mauvaises et bonnes expériences nous construisent et font de nous chaque jour qui passe une meilleure version de nous même.

Tomber dans l'oubli

dimanche 10 novembre 2013

" On t'oubliera, comme si tu n'avais jamais été
  Ni nouvelle, ni trace... On t'oubliera"

Quote / Mahmoud Darwich



A son insu, j'ai volé cet homme. J'ai subtilisé une seconde de sa vie alors qu'il savourait sans doute un moment de repos bien mérité, perdu dans ses réflexions les plus fantasques et ignorant tout de ma présence. 

Cette fois-ci je ne lui imposerai pas de nom. Disons que mon inconnu travaillait probablement dans ce parking improvisé à l'entrée duquel je me tiens. Oui, un parking sans chaises, pas même un petit tabouret en bois pour sauver la face... cruel mais pourquoi s'étonner? Il se pourrait aussi que ce soit quelqu'un qui se serait simplement réfugié là pour échapper au soleil brûlant de midi.

Cet homme existera désormais autant pour vous que pour moi. Il se matérialisera dans votre imaginaire, tout au moins pendant ce laps de temps que vous accorderez à cet article. Il demeurera peut-être même dans les pensées de certains d'entre vous, faisant écho à une trace du passé. Il subsistera ici tant que cet espace vivra... et si on se projette beaucoup plus en avant encore, cette image pourrait même lui survivre.

Dans ce monde qui avance inéluctablement, un jour pas si lointain nous ne serons plus. Qu'allons-nous laisser derrière nous ? Quelques photos, des souvenirs qui s'étioleront avec le temps, des faits dans les livres d'histoire, une voix enjouée sur un répondeur, une découverte scientifique majeure ? Ou parfois rien ? N'a-t-on pas tous quelque part cette peur plus ou moins consciente de tomber dans l'oubli pour l'éternité ?

Voilà que je me perds en bien risibles clichés. Je vais vous confesser ce qui me chagrine le plus en réalité... je n'y avais jamais vraiment songé, mais je crois bien que le plus tragique des oublis soit celui qui survient de notre vivant. Effacés, supprimés, rayés de la carte... et au bout du compte, étrangers dans la même portion de terre.

A un(e) ami(e), à un frère, à une soeur, à un père, à une mère, à un amour passager

A la porte du monde

mardi 8 octobre 2013




Parfois, il ne faut pas aller bien loin pour arriver à la porte du monde... Il suffit de marcher, sans se fixer de destination précise et laisser la surprise arriver au bout du chemin. Ne rien tracer à l'avance, ne rien calculer. 

Il suffit de suivre ces nuages qu'on ne prend plus la peine de regarder, là, juste au dessus de notre tête. Une invitation à percevoir de nouveau ces formes fantasmagoriques qu'on jouait à deviner à 7 ans. Tu te revois aussi allongé sur le gazon imbibé de rosée et les yeux rivés sur ces cotons blancs filamenteux défilant parfois trop vite ? C'est triste mais on devient un peu trop sérieux lorsque l'âge adulte nous rattrape, et on finit par ne plus avoir la tête dans les nuages. Et dans le pire des cas on devient con, comme ces personnes qui ne se souviennent plus. 

Je ne sais pas s'il est trop tard quand on ne se souvient plus.

Voilà pourquoi j'ai décidé de lutter pour conserver mon regard d'enfant... ce n'est pas une mince affaire de nos jours, on est bien d'accord. Quand je lirai les infos, il y aura toujours des mauvaises nouvelles. Quand je marcherai dans la rue, j'aurai toujours le coeur serré face à ces dizaines d'enfants qui me tendent la main, culpabilisant à l'idée de ne pouvoir effacer toute la misère du monde. Si une maladie est éradiquée, il y en aura une autre encore plus vicieuse qui apparaîtra. Les gens continueront à s'entretuer, et il y aura toujours des injustices. A moi seule je ne peux changer le monde, oui, mais JE peux changer. Je suis libre de voir les choses différemment, d'arrondir les angles, de m'arrêter parfois, de dire oui, non. Dire plus oui, surtout. Essayer, rêver, échouer, recommencer.

Et toi, qui me lit à l'instant, tu es une belle personne. Tu le sais ?

Sur le papier...

mardi 5 mars 2013

Je ne sais pas par où commencer. Tu sais, j’ai l’impression de voguer dans une eau très calme au petit matin brumeux.
De temps à autre surgissent des blocs de glaces, ces choses flottantes et acérées que l’on appelle communément des souvenirs. Jadis, j’ai cru avoir apprivoisé ce sentiment, ce deuil du non vécu qui vous ronge jusqu’à la moelle… mais je réalise qu’en réalité, j’en avais seulement effleuré la surface.
Car s’il est des chagrins ordinaires, ceux que l’on porte en soi sont beaucoup plus redoutables. Ceux là n’impliquent ni larmoiements ni pathos. Une brisure dont on ignore la profondeur.


Alors on fait face, on sourit et on fait semblant, on se construit une image, une belle image en carton pâte qui rassure tout le monde.
Se mentir, jouer les insensibles. Se fixer des règles à la noix, geler ses pensées et laisser glisser ses rêves un à un. Ca fait comme un collier de perles qui se rompt contre le sol dans un son fracassant. Rêves construits à deux, déconstruits à un comme un Rubik's cube tout con. Nous nous résumons désormais à 64400 phrases sur facebook, quelques babioles rangées dans un tiroir et ton sourire figé en 2012.

Insomnie

vendredi 3 août 2012

6h du matin. A travers mes fenêtres se dessinent des grillages et une vieille banderole qui n'a plus rien à faire là. Asphyxie. Des arcades démodées et sales entravent mon regard, laissant apparaître une petite portion d'un long boulevard bruyant. Ici les voitures se déversent constamment, leur vacarme se prolongeant jusqu'au creux de la nuit. Camions, taxis blancs, rouges et petites motos zigzagantes poursuivent sans interruption leur défilé infernal, à l'image des flots de pensées qui troublent mon sommeil.
Par-delà les murs crasseux et pollués, un minuscule bout de ciel bleu pâle me nargue, comme le mystère de ce corps qui  refuse désormais de se plier aux lois du jour et de la nuit, palpitant au rythme de ce grand boulevard qui ne s'arrête jamais. Je comprend que des gens soient désespérés ici, que l'avenir leur semble bouché dans ce cadre hideux, qu'ils rêvent d'un autre carré de ciel au bleu plus vibrant sans réaliser que souvent ailleurs c'est encore moins bien que chez eux. 

Une dame à la djellaba d'un blanc immaculé marche seule sur le bitume encore frais du matin, je me demande où elle va, ce qui la pousse à se lever si tôt tandis que le reste des habitants du quartier savourent encore leurs dernières heures dans les bras de Morphée. Je lui imagine une flopée d'enfants, un mari paresseux ou accro à quelque substance illicite, et elle se battant pour leur survie, leurs fins de mois difficiles, et un travail qui ne l'épanouit guère. Ose-t-elle seulement rêver à un quelconque bonheur? Je me vois un instant la rejoindre, la convaincre de prendre le premier autocar venu pour aller vers une vie nouvelle. Une vie à la belle étoile dans un champ d'orangers. Des nuits où rien ne gênerait la quiétude de mon sommeil. Je souris à cette chimère, prise au piège de ma naïveté. Echappe-t-on seulement à son destin? Elle sur son chemin ignorant tout de mes pensées, et moi qui l'observe en me mêlant d'une vie qui ne me regarde pas. Je me dis un instant que cette dame est peut être heureuse là où elle est, bien à sa place. 
Je jette un coup d'oeil à ma montre, 6h30, cette fois c'est sûr je ne me rendormirai plus. Dans quelques minutes, la vie reprendra son cours, et dans un afflux d'incivilités et de chaos une foule affamée envahira la monstrueuse artère. 

May

mercredi 20 juin 2012

A défaut d'une image sans relief, je préfère vous livrer son empreinte typographique, mélange entre sa réalité et mon imaginaire. J'aime saisir ces instantanés tellement fugaces, observer le monde et y déceler des personnages qui dénotent, leur inventer des vies, des noms, et tenter de retranscrire leur aura sur du papier.

Un pirate

samedi 16 juin 2012



Interlude

jeudi 1 mars 2012



Un banc juché sur la colline, et une petite blonde aux yeux noisettes. Maigre, la faim volontaire, et à la main un pistolet en plastique rempli de vodka. Elle se dandinait sur les pas de sa solitude, faisant virevolter sa robe vaporeuse de baby roll, entourée d'un millier de gens aux yeux vides. La mélancolie lui faisait danser le tango, dans un bras le corps sensuel et bouleversant. Dose, surdose, puis overdose. L'ombre blanche s'évanouit sur le bitume sous le soleil de midi.

Sale gosse

samedi 24 septembre 2011

Elle se tenait là, une poupée de porcelaine au regard insolent. Cheveux blonds, peau diaphane et bouche d'enfer, elle était scandaleusement belle et cela lui attirait parfois bien des ennuis. Seules ses joues roses d'enfant gâtée trahissaient son air mutin.

Ses parents voulaient faire d'elle une ballerine depuis son plus jeune âge, mais aujourd'hui elle en avait marre, lassée de vivre les rêves des autres au prix des siens. 
Alors elle s'est enfuie, troquant son justaucorps contre une marinière et le tulle de son tutu contre ses vieilles poupées Barbie. Entre gestes maladroits et grâce d'antan, elle croquait dans un brin de cerisier, révélant ainsi l'avant-goût de ce que serait désormais sa vie.

Elle ne savait pas ce qu'elle voulait, mais sa danse, elle la pratiquerait au grand air, libre de ses mouvements et entourée de cerisiers au coeur noble. 

Titiller, coquelicot, amande, mendier, moustache, fil rouge, délicate, mortelle, café crème, millésime, transcender, orage, cercle

samedi 17 septembre 2011

We heart it
Sur un air de piano, le voile danse avec le souffle du vent. Légèreté. Beauté d’une nuit de fin d’été. Nostalgie soudaine. Envie d’un café crème, même si je n’aime pas le café, seulement l’odeur des arômes  une fois la cafetière en marche. Dans trois jours c’est l’automne et ça me fait déjà penser à l’hiver qui arrive. Je ne comprends pas qu’il fasse nuit avant 19h, ils auraient du laisser l’heure d’été en septembre, histoire que la transition se fasse en douceur. En attendant, il faut que je pense au présent. On est dimanche, il est 2h08 et on n’est pas encore demain. Quelque part ailleurs, des gens dansent et se saoulent, d’autres font l’amour, d’autres encore pleurent un être cher. 

La plupart sont plongés dans un profond sommeil et ne réalisent pas à quel point cet instant est particulier pour moi. C’est un moment suspendu qui prend toute sa dimension entre le samedi et le dimanche, quand aucune obligation n’est là pour le troubler et que tout semble permis.
Je le capture et le glisse dans un flacon en cristal pour l'ajouter à ma collection de bonheurs éphémères.

Le sillage d'une femme

jeudi 21 juillet 2011


We heart it
C‘est une odeur vanillée, puissante et sensuelle. Elle me surprend aux moments où je m’y attends le moins, me titillant au détour d’une ruelle, devant le portant d’un magasin, au supermarché… autant d’endroits anonymes qui s’illuminent dans son sillage.
Ce parfum, c’est le souvenir de mes 11 ans pendant un séjour à Marrakech, celui de la mère d’une copine de vacances. Et ce parfum me hante depuis plus de dix ans, sans que je ne connaisse son nom. Il incarne dans mon imaginaire olfactif  le symbole de la Femme, la vraie, celle qui s’assume totalement.
J’ai pensé à plusieurs reprises arrêter les rares femmes qui le portent, leur demander son nom, mais je ne franchis jamais le pas, l’occasion ne se présentant pas. De toute façon je ne pense pas pouvoir le porter, il ne me correspondrait pas, ou peut-être d’ici quelques années. Pour l’instant je me contente de le sentir lors de ces courts moments où il s’offre à moi. J’aime l’idée que cette effluve reste mystérieuse jusqu’à ce qu’un jour elle finisse par se réveler à moi d’elle-même. 

L'usage abusif de barbe à papa peut entrainer des délires imaginaires... à consommer avec modération!

mercredi 8 juin 2011

Weheartit

Elle, elle était verte. Elle avait ce goût d’acide et de fraise à la fois qui me faisait penser à la fête foraine de quand on était mômes. La barbe à papa qui s’envolait vers le ciel et se dispersait en tout un tas de nuages tous roses. C’était le temps du bonheur. Dans la place, oui je me souviens maintenant, il y avait ce petit cirque tenu par une famille de gitans. Une vie de bohème, des couleurs plein les yeux et cette odeur poudrée que j’ai toujours au bout du nez, rien que ça. Puis le ciel s’affadit, et les manèges s’arrêtent de tourner. Un long gémissement sort de la gueule du train fantôme puis s’étouffe petit à petit.
Elle, elle me regarde. Ses yeux semblent aspirer à une vie meilleure, une vie où tout est possible. Un endroit où l’horizon n’est pas inaccessible. Des larmes coulent en perles scintillantes le long de ses joues. Je peux à peine croire que toute sa tristesse et son désespoir puissent être enrobés dans de si jolies bulles d’eau. Rien ne semble parvenir à lui redonner goût à son existence, tout lui semble terne et sans intérêt. Pourtant je sais qu’un jour la lueur des étoiles l’auréolera de nouveau et que la sueur du soleil donnera à sa peau un goût caramel, mais pour l’instant le train reste en panne. Tant pis ou tant mieux…