Une friperie stambouliote

mercredi 24 septembre 2014

C'est curieux comme on peut s'imprégner autant d'une ville et la porter encore en soi plus d'un mois après son retour. Je n'avais jamais vécu un tel attachement à un endroit étranger auparavant. Un peu comme la nostalgie d'une vie parallèle.

Cela dit je n'ai pas spécialement envie non plus de vous faire frôler l'overdose avec mon obsession pour Istanbul... mais j'ai eu envie d'y consacrer un dernier post légèrement différent.
Ces photos ont été prises dans une véritable caverne d'Ali Baba sise dans un passage du quartier des antiquaires. En examinant les portants regorgeant de vêtements vintage ultra kitsh, je n'ai pas tardé à découvrir que la boutique exiguë en apparence possédait une spacieuse extension au sous sol. Instants de bonheur pour la pure maniaque d'imprimés et de couleurs que je suis.

Je vous présente aussi celui (dont j'ai sadly oublié le prénom) qui gérait en main de maître ce capharnaüm de la fripe, et qui a gentiment accepté de me laisser le photographier lui et sa super chemise. Pour la petite anecdote, après l'avoir complimenté à son sujet, il me répond très fier et tout sourire que c'est une chemise pour femme. Ce gars respirait littéralement la coolitude, pour moi il en est probablement l'une des rares incarnations vivantes que j'aie pu rencontrer. 


En tout cas ça a l'air super fun de diriger un tel endroit, amis allergiques aux acariens ceci n'est pas pour vous.

Frustration

mercredi 17 septembre 2014



A l'heure de la sieste. Frustration. Je marche encore et encore en quête d'un infinitésimal détail, une miette d'absolu engoncée dans son hideuse beauté. Quelque chose qui ferait sens dans ce dédale de rues mille fois parcourues à la merci de mon attention flottante. Des façades d'immeubles désaccordées aux poubelles vertes éventrées, un sentiment de déjà-vu me tenaille l'estomac. Il se fait parfois nauséeux et violent... Sauf quand il est sournoisement dissimulé dans le doux acidulé d'un smoothie framboise.

Le lendemain, bis repetita. Chacun reprend son rôle dans cette rutilante mécanique accordée au millimètre près. Et moi, je dois apprendre à déceler ce grain de poussière en métamorphose qui feint de chambouler mes ordinaires apathiques. Je suis tous les jours en suspens. Et au fond j'ai juste peur d'attraper les mots des autres.

Partir

samedi 6 septembre 2014


Booker un billet au hasard, poster sa lettre de démission en chemin, prendre un avion vers une destination dont le nom n'évoque aucun souvenir.
Et là, suspendu(e) dans le ciel, partout et nul part à la fois, prendre enfin le temps de réaliser la portée de ce coup de folie. Regarder à travers le hublot et sourire en pensant à l'agitation qui continue au sol. 
Sentir monter enfin ce bourdonnement d'angoisse qui tardait à se manifester, bousculant mille questions les unes contre les autres. Elles s'entrechoquent jusqu'à ne plus former qu'un amas informe et inextricable. 

Partir. N'est ce pas simplement remettre ses questionnements à plus tard ? Une sorte de fuite en avant parce que son monde est devenu trop petit ? Revenir après six mois, un an... pour réaliser qu'on est toujours au même point de départ.

Ou au contraire se retrouver face à soi-même, se déchiffrer à travers un Autre. Apprivoiser de nouveaux visages, une nouvelle langue, un nouvel enchevêtrement de rues, de nouvelles saveurs. 
Se perdre des dizaines de fois, demander son chemin, et petit à petit ne plus se sentir en transit. Prendre des habitudes, dénicher son cinéma de quartier préféré, connaître les raccourcis, traverser la ville pour dévorer un fondant au chocolat inimitable dans son coin de café secret. Faire sa place et trouver sa vie. Y rester. 
Ou encore la laisser là et recommencer.
© Fadwa Azhari. Valise capturée à l'insu de D.N.