Extrêmement fort et incroyablement près - JS Foer

mardi 14 août 2012

Quatrième de couverture
« Oskar Schell est inventeur, entomologiste, épistolier, francophile, pacifiste, consultant en informatique, végétalien, origamiste, percussionniste, astronome, collectionneur de pierres semi-précieuses, de papillons morts de mort naturelle, de cactées miniatures et de souvenirs des Beatles. Il a neuf ans. Un an après la mort de son père dans les attentats du 11 septembre, Oskar trouve une clé. Persuadé qu'elle résoudra le mystère de la disparition de son père, il part à la recherche de la serrure qui lui correspond. Sa quête le mènera aux quatre coins de New York, à la rencontre d'inconnus qui lui révéleront l'histoire de sa famille.  »

Editeur POINTS, 462 pages, 105dh
Pourquoi j'ai aimé ce livre?
Tout a commencé lorsque je suis tombée par hasard sur une petite citation au fil de mes pérégrinations sur le web : « Sometimes I can hear my bones straining under the weight of all the lives I’m not living. » Ca m'avait fait l'effet d'une petite claque tellement cette phrase me parlait! Après quelques recherches j’en ai trouvé la source et c’est ainsi que j’ai eu vent de l'existence de ce livre. J’avais appris aussi qu’un film était en préparation, cependant je n’ai pas trop accroché à sa sortie et d’ailleurs je n’ai pas réussi à le regarder jusqu’au bout.
Il y a quelques jours en me baladant dans les rayons de la Fnac j’ai décidé de donner une chance au livre, et je ne le regrette pas du tout. Je vous conseille de ne pas voir le film en premier, car j'ai l'impression qu'il ne sera jamais assez fidèle au roman tellement la construction narrative de celui-ci est particulière. Au fil des pages se mêlent textes, images et jeux typographiques qui font l'originalité de EFEIP. On se sent transporté dans la tête de ce petit garçon pas comme les autres, ses angoisses, son humour, son imagination débordante et son émotion à fleur de peau. Et puis la trame de l’histoire se dévoile petit à petit, passé et présent se conjuguent ensemble, des bombardements de Dresde en 1945 aux attentats du 11 septembre.  Et une question pour fil conducteur : comment réussir à faire le deuil de quelqu’un quand on sait qu’il n’y a rien dans son cercueil ?

En quelques mots
Quelques passages un peu longs, mais globalement un coup de coeur.

Insomnie

vendredi 3 août 2012

6h du matin. A travers mes fenêtres se dessinent des grillages et une vieille banderole qui n'a plus rien à faire là. Asphyxie. Des arcades démodées et sales entravent mon regard, laissant apparaître une petite portion d'un long boulevard bruyant. Ici les voitures se déversent constamment, leur vacarme se prolongeant jusqu'au creux de la nuit. Camions, taxis blancs, rouges et petites motos zigzagantes poursuivent sans interruption leur défilé infernal, à l'image des flots de pensées qui troublent mon sommeil.
Par-delà les murs crasseux et pollués, un minuscule bout de ciel bleu pâle me nargue, comme le mystère de ce corps qui  refuse désormais de se plier aux lois du jour et de la nuit, palpitant au rythme de ce grand boulevard qui ne s'arrête jamais. Je comprend que des gens soient désespérés ici, que l'avenir leur semble bouché dans ce cadre hideux, qu'ils rêvent d'un autre carré de ciel au bleu plus vibrant sans réaliser que souvent ailleurs c'est encore moins bien que chez eux. 

Une dame à la djellaba d'un blanc immaculé marche seule sur le bitume encore frais du matin, je me demande où elle va, ce qui la pousse à se lever si tôt tandis que le reste des habitants du quartier savourent encore leurs dernières heures dans les bras de Morphée. Je lui imagine une flopée d'enfants, un mari paresseux ou accro à quelque substance illicite, et elle se battant pour leur survie, leurs fins de mois difficiles, et un travail qui ne l'épanouit guère. Ose-t-elle seulement rêver à un quelconque bonheur? Je me vois un instant la rejoindre, la convaincre de prendre le premier autocar venu pour aller vers une vie nouvelle. Une vie à la belle étoile dans un champ d'orangers. Des nuits où rien ne gênerait la quiétude de mon sommeil. Je souris à cette chimère, prise au piège de ma naïveté. Echappe-t-on seulement à son destin? Elle sur son chemin ignorant tout de mes pensées, et moi qui l'observe en me mêlant d'une vie qui ne me regarde pas. Je me dis un instant que cette dame est peut être heureuse là où elle est, bien à sa place. 
Je jette un coup d'oeil à ma montre, 6h30, cette fois c'est sûr je ne me rendormirai plus. Dans quelques minutes, la vie reprendra son cours, et dans un afflux d'incivilités et de chaos une foule affamée envahira la monstrueuse artère.