6h du matin. A travers mes fenêtres se dessinent des grillages et une vieille banderole qui n'a plus rien à faire là. Asphyxie. Des arcades démodées et sales entravent mon regard, laissant apparaître une petite portion d'un long boulevard bruyant. Ici les voitures se déversent constamment, leur vacarme se prolongeant jusqu'au creux de la nuit. Camions, taxis blancs, rouges et petites motos zigzagantes poursuivent sans interruption leur défilé infernal, à l'image des flots de pensées qui troublent mon sommeil.
Par-delà les murs crasseux et pollués, un minuscule bout de ciel bleu pâle me nargue, comme le mystère de ce corps qui refuse désormais de se plier aux lois du jour et de la nuit, palpitant au rythme de ce grand boulevard qui ne s'arrête jamais. Je comprend que des gens soient désespérés ici, que l'avenir leur semble bouché dans ce cadre hideux, qu'ils rêvent d'un autre carré de ciel au bleu plus vibrant sans réaliser que souvent ailleurs c'est encore moins bien que chez eux.
Une dame à la djellaba d'un blanc immaculé marche seule sur le bitume encore frais du matin, je me demande où elle va, ce qui la pousse à se lever si tôt tandis que le reste des habitants du quartier savourent encore leurs dernières heures dans les bras de Morphée. Je lui imagine une flopée d'enfants, un mari paresseux ou accro à quelque substance illicite, et elle se battant pour leur survie, leurs fins de mois difficiles, et un travail qui ne l'épanouit guère. Ose-t-elle seulement rêver à un quelconque bonheur? Je me vois un instant la rejoindre, la convaincre de prendre le premier autocar venu pour aller vers une vie nouvelle. Une vie à la belle étoile dans un champ d'orangers. Des nuits où rien ne gênerait la quiétude de mon sommeil. Je souris à cette chimère, prise au piège de ma naïveté. Echappe-t-on seulement à son destin? Elle sur son chemin ignorant tout de mes pensées, et moi qui l'observe en me mêlant d'une vie qui ne me regarde pas. Je me dis un instant que cette dame est peut être heureuse là où elle est, bien à sa place.
Je jette un coup d'oeil à ma montre, 6h30, cette fois c'est sûr je ne me rendormirai plus. Dans quelques minutes, la vie reprendra son cours, et dans un afflux d'incivilités et de chaos une foule affamée envahira la monstrueuse artère.
J'adore ton style d'écriture j'aimerai bien arrivé à ce niveau la
RépondreSupprimerMerci ton commentaire me fait rougir, et il n'y a pas de raison que tu n'y arrives pas
Supprimerne porterai t'elle pas du blanc car elle est en deuil!
RépondreSupprimerJolie texte!
Merci! Non je ne pense pas elle ne portait rien sur ses cheveux, mais bon on peut lui inventer la vie qu'on veut :p
Supprimertres joliment écrit! J'aime beaucoup.
RépondreSupprimerJ'adore me lever tot pour profiter des moments comme celui que tu décris.
xxx
Bel
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